Unternehmen Greif, décembre 1944

dimanche 12 décembre 2010


Synopsis


Au début de la planification de l’opération de contre-offensive allemande dans les Ardennes, « Wacht am Rhein », Hitler doit faire face à l’importance stratégique d’une série de ponts enjambant la Meuse.

Il décide de confier cette mission à l’officier SS Otto Skorzeny : ses différents faits d’arme et implications dans de nombreuses missions importantes (comme le sauvetage de Mussolini ou encore l’opération Eisenfaust, visant à empêcher la Hongrie de signer un armistice avec l’armée Rouge) font de lui le personnage idéal pour mener à bien cette opération cruciale.

Otto Skorzeny et ses troupes sur l'Oder, 1945


Pour y parvenir, Skorzeny doit former une brigade - la Panzer Brigade 150 – qui aura pour mission de capturer au moins un des ponts présents entre Liège et Namur, et ce avant leur destruction, pour permettre aux différentes divisions engagées d’avancer en Belgique et de couper les armées alliées en deux. Impressionné par une opération spéciale de l’OSS menée quelques semaines plutôt (opération consistant à infiltrer l’armée allemande à Aachen au moyen de chars Panzer capturés), Hitler donna l’ordre au nouvel SS-Obersturmbannführer Skorzeny de remplir sa mission à l’aide de ces mêmes moyens : « Vous créerez des unités spéciales portant des uniformes américains et britanniques. Votre tâche sera de capturer un ou plusieurs ponts sur la Meuse et de les traverser au moyen de véhicules alliés capturés. Imaginez la confusion que vous pourrez établir en donnant de fausses directives, en coupant les lignes de communications et en déroutant les unités alliées. »

Les ordres en main, Skorzeny s’active directement à la préparation de cette future opération.

La Panzer Brigade 150 et le commando Einheit Stielau

Skorzeny ne disposant que de 5 à 6 semaines pour former et entrainer cette nouvelle unité, il se voit attribuer par le Général Burgdof (chef du bureau de personnel d’armée) deux bataillons de parachutistes, ainsi qu’une compagnie de chars et une autre de transmissions. Ces unités formeront la base de l’opération Greif (« Griffon », l’oiseau mystique renaissant de ses cendres) et le corps de la Panzer Brigade 150.

Skorzeny fait également battre le rappel, à travers toute l’armée allemande, afin de trouver assez d’hommes parlant l’anglais sans accent. Malheureusement, le recrutement n’est pas brillant : à peine une dizaine d’hommes parlent couramment l’anglais et ont une bonne connaissance de la culture américaine… Sur les volontaires restants, 150 le parlent assez bien et le reste peu voire pas du tout… Une tactique voit le jour pour contrer ce problème : de nombreux hommes reçoivent pour instruction de crier « Sorry » et de courir en feignant une attaque de diarrhée s’ils sont interpelés par des soldats alliés. Sur l’ensemble des hommes, les 150 meilleurs sont sélectionnés pour former le commando «Einheit Stielau » et les autres rejoignent la Panzer Brigade 150.

Le commando est formé de plusieurs équipes : une de démolition, chargée de détruire des dépôts d’essence et de munitions, une de reconnaissance, chargée d’observer et de renseigner tous les mouvements ennemis ainsi que de mener et de diriger des groupes de commandos ayant pour missions de couper les communications alliées et de modifier les différents panneaux directionnels.

Skorzeny doit faire face à un autre problème : le manque de véhicules alliés. En effet, il a réclamé 15 tanks, 20 blindés, 20 automitrailleuses, 120 camions, 100 jeeps et 40 motos ainsi que des uniformes et armement américano-britanniques. Il ne reçoit que deux tanks sherman, dont un inutilisable. Pour pallier ce problème, Berlin fait envoyer 20 chars Panther en plus afin de les modifier pour les faire ressembler à leurs homologues alliés. Il ne reçoit également qu’une quinzaine de jeeps (dont certaines seront rendues inutilisables après l’entrainement et remplacées par des kubelwagen) ainsi qu’une vingtaine de camions. En matière d’armement individuel et collectif, on ne lui donne également qu’une petite moitié de ce qui avait été demandé… Ces armes iront équiper les commandos parlant couramment l’anglais, les autres seront dotés d’armements allemands. Un nouveau problème surgit, celui des uniformes : en effet, Skorzeny réceptionne principalement que des overcoats américains et britanniques, or les soldats alliés portent majoritairement des « field jackets » au combat… Après s’être démené auprès de nombreux officiers, il reçoit des uniformes ayant été capturés sur la ligne Siegfried et d’autres de différents camps de prisonniers. Une nouvelle fois, ce seront les hommes du commando Einheit Stielau qui seront équipés de ces uniformes.

Toute une série de stratagèmes sont alors imaginés et mis en place pour donner le change et éviter les bavures : les tanks Panther seront modifiés avec des plaques de blindage afin de les faire ressembler aux chars M10 Wolverine, en présence de troupes conventionnelles allemandes, ils devront pointer leurs canons à 90° pour se faire reconnaitre. Tous les véhicules seront peints en kaki et porteront des marquages américains. A l’arrière de ceux-ci figureront de petits triangles jaunes afin d’être facilement repérables. Les hommes du commando, eux, en présence de troupes allemandes, devront porter des écharpes bleues ou roses (suivant l’unité), retirer et agiter leur casque tout en s’équipant de quelques effets allemands.

Char Panther allemand déguisé et peint aux couleurs américaines détruit près de Malmédy


Alors que la brigade termine son entrainement et se prépare à l’action, les rumeurs ne cessent de grandir sur les objectifs de l’opération. Skorzeny et son entourage décident de les laisser aller, afin de dérouter les informateurs et espions américains. L’exemple le plus connu n’est autre que la tentative de gagner Paris pour assassiner le Général Eisenhower. Une autre fait état de la destruction du pipeline reliant l’Angleterre à la Normandie… Au début du mois de décembre, il y a tant de rumeur au sein de la brigade qu’il est devenu impossible de les supprimer. Pour Skorzeny, ces rumeurs seront encore plus fortes et efficaces que des actes de sabotage à l’intérieur des lignes alliées.

L'opération Greif

Fin novembre 44, Skorzeny reçoit de Göring les images d’une reconnaissance aérienne des ponts de Huy et d’Amony : ils sont très peu défendus. Hitler lui interdit aussi formellement de se rendre derrière les lignes ennemies avec ses hommes. Le 8 décembre, ses compagnies sont envoyées par train jusque Wahn. Lors d’une réunion avec Model, il apprend que lui et ses hommes seront rattachés au 1 SS Panzerkorps de Joachim Peiper. Au début de l’offensive, les commandos de Skorzeny devront suivre les chars de Peiper et rompre la formation à l’approche des lignes alliées afin de foncer vers leurs objectifs.

Les commandos Einheit Stielau sont pris dans les embouteillages engendrés par l'offensive, ils prennent du retard sur l'horaire. Au premier plan, des feldgendarme d'une unité de la Luftwaffe sont dépassés par les évènements


L’attaque générale débute le matin du 16 décembre par un barrage d’artillerie, suivi par une percée de la 1 Panzer Division. Skorzeny (qui prend le nom de code « Colonel Solar ») envoie 4 équipes de commandos au milieu de la retraite américaine. Ils ne rencontrent aucun problème pour passer et s’infiltrer car l’offensive allemande a provoqué la surprise et désorganisation côté Allié. Au soir de cette première journée, c’est au total 6 des 8 équipes du commando Einheit Stielau qui ont pénétré avec succès les lignes alliées et qui se trouvent désormais en place le long de la Meuse. L’une des plus belles actions a lieu le deuxième jour de la bataille : l’équipe emmenée par Fritz Büssinger passe la quasi-totalité de la journée dans la ville de Huy, à se renseigner sur les différentes positions et cela même en échangeant quelques mots avec des officiers américains… Sur le retour de sa mission, Büssinger parvient même à tromper une colonne de chars et de camions de ravitaillement, les envoyant à l’opposé de leur destination. Skorzeny découvre, cette soirée là, à l’écoute d’une radio américaine volée, que les Américains sont à la recherche de leur propre division blindée ! Les Américains confirmèrent, longtemps après, que de nombreuses colonnes de ravitaillement ont été déviées de leur route grâce à des ordres contraires émanant des commandos Einheit Stielau. Ils réussissent également à égarer la 84th US Division, ainsi qu’à détruire quelques dépôts et positions autour de Malmédy.

La nuit, une des équipes a réussi à rejoindre les lignes allemandes, les commandos partagent une grange occupée par une trentaine de FJ. Ils se réchauffent tant bien que mal autour d'un poele réglementaire et en profite pour boire quelque chose de chaud et se reposer quelques heures


Le lendemain matin, ils s'affairent à un croisement modifié la veille : une importante colonne amie devra bientôt passer par là. Nos hommes sont équipés de tenues variées américaines capturées sur la ligne Siegfried bariolés de quelques effets allemands pour se faire reconnaitre par leurs compagnons ainsi que d'écharpes bleues (couleur de leur Kommando).


Sur ordre du Doctor Solar, ils informeront cette colonne et s'y joindront pour le reste de l'opération



Ces coups d’éclat mettent en place une telle pagaille et phobie que les Alliés jouent durant quelques jours, au chat et à la souris avec leurs propres troupes : en instaurant de nombreux contrôles, en arrêtant à la moindre suspicion, … Le général Bruce Clark, commandant le VIII Corps, est lui-même arrêté et questionné pendant plus de 5 heures. Le général Eisenhower, sous haute sécurité et surveillance à Versailles suite aux différentes rumeurs d’assassinat, reste quant à lui « prisonnier » de ses propres services de sécurité jusqu’à la fin du mois de décembre.

Malheureusement, ce succès est de courte durée pour Skorzeny : sa 150 Panzer Brigade ayant deux jours de retard et étant bloquée derrière Peiper, il décide de la faire combattre comme unité régulière. Le 21 décembre, elle attaqua à plusieurs reprises et sans succès Malmédy. Ce sera la seule tentative notable de prise de la ville durant toute l’offensive.

Côté commando, c’est au total 20 hommes qui ne parviennent pas à regagner les lignes allemandes. Pour beaucoup d’entre eux, c’est la mauvaise connaissance de la langue américaine qui leur vaut cette capture : l’utilisation du mot « Petrol » à la place de « Gas » pour demander de l’essence, d’expressions britanniques comme « Keep your pecker up » ou encore de « Up your bottom » au lieu de « Bottoms up » en partageant du café avec un sergent américain. La faible connaissance du règlement mais aussi des habitudes alliées peuvent, également, avoir mené à la capture d’autres commandos : par exemple, il n’était pas commun pour une jeep d’avoir un équipage supérieur à 3 hommes, … La plupart d’entres-eux sont condamnés à mort ou à la perpétuité par divers tribunaux militaires alliés.

Ce grenadier rattaché aux commandos de l'opération Greif a été retrouvé mort par une patrouille américaine. A leur grande surprise, c'est bel et bien un uniforme et une plaque d'identité allemande qu'il porte en dessus d'effets américains !


Les sous-officiers Billing et Schmidt capturés, sont jugés et condamnés à mort pour avoir violé les lois de la guerre


Ils seront passés par les armes à Henri-Chapelle par un peloton de MP "Ritchie Boys' (juifs allemands émigrés aux USA) le 23 décembre 1944


Conclusion

Cette nouvelle mission confiée à Skorzeny, « l’homme le plus dangereux d’Europe », n’atteint pas les objectifs et buts escomptés. Le peu de temps de préparation y contribuera, le manque de véhicules et d’uniformes alliés mais surtout le manque d’hommes parlant couramment l’anglais. Mais au final, et ce malgré les faibles effectifs réellement engagés, ces opérations créeront un bref mouvement de paranoïa au sein des lignes alliées, provoquant ainsi peurs, rumeurs et nombres de mesures de sécurité et d’arrestations. Malgré cela, Otto Skorzeny reconnait lui-même l’échec de sa mission dans ses mémoires : « Pour moi comme pour toute l’Armée allemande, la grande offensive des Ardennes se termine par une grande défaite ».

Ce FJ blessé et isolé essaie de se rendre à un groupe de MP à la fin décembre. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir des kameraden, agitant et laissant tomber leurs casques américains pour arborer fièrement leurs attributs de kommando !


L’opération Greif aujourd’hui

De nombreux vestiges et souvenirs de cette opération se retrouvent encore, aujourd’hui, dans nos régions : le musée « Baugnez 44 Historical Center » a dédié toute une aile à l’opération Greif, les tombes des commandos (les plus connus) Billing, Pernass et Schmidt sont toujours présentes au cimetière allemand de Lommel, et le mur, lieu de leur exécution, à Henri Chapelle par un peloton de MP « Ritchie Boys » (juifs allemands émigrés aux USA) est toujours debout.

Le tristement célèbre mur d'Henri-Chapelle où eu lieu de nombreuses exécutions dont celles de kommandos pendant l'hiver 1944


Les tombes de Pernass, Billing et Schmidt, aujourd'hui au cimetière allemand de Lommel


Cette année, quelques membres de la section SF de 39-45HV décidèrent de tourner leur reconstitution de la bataille des Ardennes vers l'opération Greif.
Une première pour nous, mais durant laquelle nous aurons appris beaucoup et surtout fait quelque chose d'encore jamais vu dans nos Ardennes belges depuis 66ans. En compagnie de quelques membres de la section FJ du groupe, nous avons passé un agréable week-end ponctués de reconstitutions de hautes qualités.

Remerciements

Victor Lepretre pour les photos, le HMRA pour l’organisation du week-end de reconstitution à Cobru, le HMRA, les Lions de Carentan, les Lufteaux, WW2 Jumpers et bien d’autres groupes et individuels pour l’ensemble du week-end passé en notre compagnie et s’être laissés prendre au jeu.
Je remercie aussi tout particulièrement l’ensemble du groupe 39-45 Histoire Vivante mais surtout sa section dédiée aux Special Forces pour l’excellent travail fournit tout au long de 2010. Que dire à part… Vivement 2011 !

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